Interview de Guillaume Brachet, la pirogue comme alliée dans son combat contre la maladie.
Jour de livraison pour Guillaume, une SNIPER adaptée à ses défis : ama de plat, safran retractable et bande kevlar pour naviguer sereinement sur la Loire.
Guillaume, dans ton documentaire FLUIDE, on découvre ton incroyable parcours. Peux-tu nous raconter ce qui t’a amené à te lancer dans les sports de rame ?
A l’âge de 19 ans j’avais fait une année de kayak de course en ligne au Canoë Kayak Club de Tours, assez intensive. J’en conservais un souvenir d’un sport exigeant, plein de sensations avec la glisse et le plaisir de la vitesse. Au moment de mon diagnostic de maladie de Parkinson, j’habitais proche de la Loire, et très vite j’ai ressenti le besoin d’aller sur l’eau me changer les idées. J’ai repris un bateau, je faisais des ronds dans l’eau en bas de chez moi. Au moment de chercher un événement sportif à adosser au financement participatif pour ma recherche, c’est devenu une évidence : l’image du sport contre la maladie neurodégénérative, c’est ramer avec ses petits bras contre une force inexorable, et de là a émergé l’idée de pagayer à contre-courant. Le défi Parkinson sur Loire était né !
Parkinson sur Loire : pour mettre fin à la maladie de Parkinson
Qu’est-ce qui a fait de la pirogue un élément central de ton quotidien face à la maladie de Parkinson ?
La pirogue, c’est devenu mon alliée en cours de route en remontant la Loire à contre-courant. Parce que même fatigué, le déséquilibre (causé par la maladie de Parkinson) est compensé grâce au ama, et ce malgré une finesse de coque qui permet d’envisager de remonter contre le courant de la Loire au mois de Novembre, quand il commence à y avoir du jus.
Dans le film, on te voit en pleine immersion dans la nature. Que représente l’eau pour toi, et comment ce lien s’est-il construit ?
En pleine immersion c’est vraiment le mot. Changer de paysage et d’élément. J’ai su nager en même temps que marcher ou presque et j’ai conservé ce lien à l’eau libre toute ma vie : quinze ans de compétition d’endurance en palme en milieu naturel, plongée bouteille, apnée, kayak, canyoning… L’eau libre c’est à la fois la nature avec son caractère indomptable, et des sensations déroutantes : glisser, flotter, voler… Moi qui ai un boulot d’intérieur, mais un caractère d’extérieur, c’est juste nécessaire.
La Dordogne Intégrale est un défi impressionnant. Qu’as-tu ressenti en affrontant ce parcours de 360 km ? Quels ont été les moments les plus intenses, à la fois physiquement et émotionnellement ?
En un peu moins de trois jours, j’ai ressenti une bonne partie des émotions humaines ! Depuis l’optimisme le plus ingénu au désespoir le plus profond, en passant par la colère (de m’être encore fourré dans une galère sans nom), la joie, la tristesse, l’exaltation, le soulagement… Les moments les plus intenses sont certainement ceux qui ont été permis par la fatigue du dernier jour : j’étais tellement démoli physiquement que tout prenait des proportions phénoménales : les sentiments positifs (gratitude envers l’équipe et en particulier le copain Antoine avec moi sur la Rafale²) comme négatifs. Mon pire moment paradoxalement, c’était à 350km/360 : seul moment où je me suis dit que j’allais lâcher la course, à dix bornes de l’arrivée !
Comment as-tu préparé cet exploit ? Y a-t-il des aspects spécifiques liés à la maladie de Parkinson que tu as dû prendre en compte ?
Préparation physique générale et préparation spécifique : musculation, course à pied, et séances kayak et pirogue, dont des séances longues avec Antoine pour tester notre compatibilité. Mais la réalité c’est que rien ne peut préparer à une course d’ultra endurance quand on n’en a jamais fait. Il faut gérer en même temps ce qui était prévu (hydratation, alimentation), le ressenti du moment, notamment avec l’efficacité des médicaments qui fait d yoyo, et puis les imprévus : grosse météo, panne de bras etc.
Dans FLUIDE, on perçoit l’importance du sport dans ta lutte contre Parkinson. Quels bienfaits concrets as-tu constatés grâce à la pirogue et les sports de rame
En pratique, les événements d’ultra-endurance sont de super outils de communication en direction du grand public (dépassement de soi, motivation…) mais ils sont délétères pour mon état de santé général. Par contre, la préparation, avec ses phases de dépassement et ses phases de repos, font vraiment la différence en termes de gestion des symptômes.
Selon toi, en quoi le sport santé pourrait-il devenir un outil encore plus accessible et efficace pour les personnes atteintes de maladies chroniques ?
Les initiatives autour du sport santé sont nombreuses, mais très éparpillées et souvent focalisées sur une problématique. Je crois qu’aujourd’hui, on gagnerait – à l’inverse du dicton « diviser pour mieux régner », à « rassembler pour mieux promouvoir ».
En tant que docteur en pharmacie, tu es également très engagé dans la recherche contre Parkinson. Peux-tu nous parler de tes projets, notamment les brevets que tu as déposés, et expliquer le lien entre ces innovations et ta pratique sportive ?
L’objectif de ma start-up, « CXS Therapeutics », est de trouver parmi les médicaments qui existent déjà des solutions pour soigner les maladies du cerveau aujourd’hui incurables. Par exemple, les médicaments que nous testons aujourd’hui contre la maladie de Parkinson sont indiqués dans le traitement du diabète. Cette démarche appelée repositionnement pharmaceutique permet de multiplier la vitesse tout en divisant les coûts de développement par trois.
À travers FLUIDE, tu inspires de nombreuses personnes. Qu’aimerais-tu que les spectateurs retiennent de ton histoire ?
Qu’il faut faire des trucs. Ça sert à rien de vouloir soulever plus que son voisin haltérophile quand on n’a jamais soulevé plus que ses fesses du dessus du canapé, mais il faut commencer par là. Lever ses fesses du canapé. Faire des trucs.
Quels sont tes prochains défis sportifs ou personnels que tu aimerais partager avec nous ? Peut-on s’attendre à une suite à cette aventure ?
La suite, c’est un documentaire sur ma participation à une course de zinzin, la Loire 725, qui est en cours de montage et dispo pour projections privées dès le mois prochain en attendant que ça passe à la TV ! Et puis pour la suite après cette suite là, il paraît qu’il y’a un truc encore plus fou pour 2027 mais… encore en cours de réflexion !
Si tu devais résumer FLUIDE en une phrase, laquelle choisirais-tu ?
Le sport, c’est comme jouer sur scène. Il faut être le plus motivé et le plus enthousiaste de la pièce pour engager les autres avec soi.
Un message à faire passer ?
Pour aller d’Argentat-sur-Dordogne à Bordeaux, je recommande la voiture. Ça se fait aussi en pirogue, mais c’est long.